( version avec au generique le logo rajouté de "Cycyr"
Triste sir qui s'etait mis en tete en 2004 de vendre par correspondance un dvd pourri 18ˆ
a ses petits camarades .>>source cf le 11 eme post
" Moi je pense qu’il avait pas plus de classe que de beurre au cul.
La Dialectique peut elle casser des Briques , - René vienet 1973
René Vienet
René Vienet est expulsé de Chine en 1966 alors qu'il y est étudiant, pour avoir osé denoncer la mystification de la "grande revolution prolétarienne".
Il rejoint Paris et devient, avec Guy Debord un des maîtres à penser du journal de "l'Internationale Situationniste", qui, à la veille des évenements de 68 est un des courants les plus virulents.
Sorte d'idéologie d'anarchistes intellectuels de St-Germain-des-prés, le situationnisme critique les dérives de notre societé de consommation capitaliste et prône une révolution permanente de la vie quotidienne, en remettant en cause chaque ambiance et situation momentanée de la vie.
Le détournement cinématographique est notamment un moyen de l'exprimer. C'est pourquoi après avoir publié de nombreux ouvrages sur la Chine Populaire, René Vienet s'y essaiera avec ce détournement d'un film de kung-fu de1972, Tang shou tai quan dao :
"La dialectique peut elle casser des briques?" détourne les dialogues d'origine en faisant appel a de nouveaux doubleurs, contrairement aux films de Guy Debord qui detourne le sens des films en recitant un texte en voix off.
On peut dire que c'est le premier "grand détournement" (dans le sens ou on l'entend aujourd'hui) du cinema français
Notez dans les doublages la présence de Patrick Dewaere et de Jacques Thebault (la voix de McGoohan dans le prisonnier).
"Directed" by the French situationist Rene Vienet, this film is an exercise in intellectual absurdity. A Hong Kong martial arts movie overdubbed with French political diatribes and philosophies, designed to entertain and amuse, while proving a number of artistic and political points.
The "story" details the epic battle between the proletariats and the bureaucracy, with a martial arts school as the utopian commune. Filled with amazingly absurd humor and political satire that will make you feel all intellectual inside, it’s an amazing combination of near slapstick comedy and Godardian experimentation. In many ways it seems that Vienet was trying to make some very important statements, such as the way cinema feeds ideology and his intense anger over the sad failure of socialism. It is also considered the only remaining film vision of the situationist's technique, détournement - the diversion of already existing cultural elements to new subversive purposes. But overall, this comes off as a kind of Mystery Science Theatre for fans of Guy Debord and Wilhelm Reich. www.5minutestolive.com
j'aime bien mettre des textes en anglais , ça fait tout de suite plus credible.
le premier detournement français fut revolutionnaire a tous les sens du terme
"[...] Il va de soi que l'on peut non seulement corriger une oeuvre ou intégrer divers fragments d'oeuvres périmées dans une nouvelle, mais encore changer le sens de ces fragments et truquer de toutes les manières que l'on jugera bonnes ce que les imbéciles s'obstinent à nommer des citations [...] "
( mode d'emploi du détournement - Guy Debord 1956 )
Reflexion visionnaire qui avait deja défini les bases du détournement il y a 50 ans
Guy Debord sociologue theoricien revolutionnaire
fondateur du courant situationiste est, entre autres
l’auteur de six films, réalisés entre 1952 et 1978,
qui ont posés les premieres bases du detournement,
a savoir se reapproprier une œuvre en donnant un autre
sens a l'image que celui d'origine voulu par l'auteur.
Techniquement, il n'employe pas la méthode du doublage
mais de la voix off sur des films publicitaire insipide ou
film hollywoodien des années 40 - 50
mais l'oeuvre de guy Debord, ça peut etre génial /
intello-chiant, selon si on est porté sur la philo et la
théorie politique ou pas.
La théorie de Debord est que, après l'échec de toutes
les révolutions prolétariennes et la tendance du
capitalisme moderne à devenir avant tout une industrie
du spectacle, seul le détournement du spectacle peut
vaincre le capitalisme
Il n'avait pas prévu que l'industrie du spectacle intégrerait
dans le spectacle lui-même son propre détournement .
Fidele a ses convictions, Debord s'interdira lui meme a la projection en salle en 1984.
au debut de son dernier film
" in girum..." il commence par
destabliliser le spectateur
en lui renvoyant a l'ecran
son propre reflet et en
l'avertissant qu'il ne trouvera au
cinema qu'un mensonge et non
cette evasion qu'il etait venu
chercher.
"Je ne ferai, dans ce film,
aucune concession au public "
« Ainsi donc, au lieu d'ajouter un
film à des milliers de films
quelconques, je préfère exposer
ici pourquoi je ne ferai rien de
tel. Ceci revient à remplacer les
aventures futiles que conte le
cinéma par un sujet important :
moi-même. »
"Oui, je me flatte de faire un film
avec n’importe quoi, et je trouve
plaisant que s’en plaignent ceux
qui ont laissé faire de toute leur
vie n’importe quoi. "
puis, la camera s'attarde longuement sur des images publicitaires censées
representer un certain idéal de bohneur,
caracterisé par la consommation et la possession de biens materiels,
mais les commentaires en voix of de guy Debord les detournent de leur sens
originel :
"Ce sont des salariés pauvres qui se croient des propriétaires,
des ignorants mystifiés qui se croient instruits,
et des morts qui croient voter. "
"Ils ressemblent beaucoup aux esclaves,
parce qu'ils sont parqués en masse,
et à l'étroit, dans de mauvaises bâtisses malsaines et lugubres,
mal nourris d'une alimentation polluée et sans goût ..."
"Leur statut peut être plutôt
comparé au servage, parce qu'ils
sont exclusivement attachés à une
entreprise et à sa bonne marche,
quoique sans réciprocité en leur
faveur, et surtout parce qu'ils
sont étroitement astreints à
résider dans un espace unique:
le même circuit des domiciles,
bureaux, autoroutes, vacances et
aéroports toujours identiques "
in girum imus nocte et consumimur igni
extraits - 9 minutes 16
témoignage de Stéphanie Granel
Monteuse du film In girum imus nocte et consumimur igni
(Guy Debord,1978),à l’occasion de la sortie de l’intégrale « Guy Debord cinéaste »
"(...) nous partions en projection: Guy Debord avait demandé des copies de
certains films à son ami et producteur, Gérard Lebovici, qui possédait une salle
à Paris. Ensemble, nous regardions Les Enfants du Paradis (Carné), La Charge de
la Brigade légère (Michael Curtiz), etc.
Debord signalait les passages qu’il voulait utiliser, et Alice les notait.
Ensuite, nous foncions en salle de montage, dans les labos GTC à Joinville-le-Pont
et nous convertissions tout en 35 mm, format 1.33 - format des premiers écrans
de télévision, assez carré.
Le temps de faire une copie, bien sûr, un ou deux jours s’écoulaient.
Les films étaient donc « empruntés à long terme » aux distributeurs ou aux
ayants-droits, sans leur accord et sans qu’ils sachent que nous en utilisions des
extraits. Puis les films leur étaient rendus. Debord procédait à ce vol de façon
manifeste et volontaire, sans doute car il estimait que personne n’avait à
revendiquer la propriété d’une image. Et Lebovici était complice, il savait qu’il
prenait un risque...(..) "
propos receuillis par Benjamin Bibas pour fluctuat.net
petite reflexion amusante: pour realiser la Classe Americaine,
Hazanavicius et Mezerette ont eux memes emprunté des films au catalogue warner
,trompant la major quand a l'intention veritable de leur projet.
En cela, ils ont quelque part perpetuer l'acte de Debord des decennies plus tard .
ils lui rendent d'ailleurs un hommage en l'associant au generique
de " la classe Americaine "
et un plus discret dans " Derrick contre superman "
avec une devinette assez capillotractée du lieutenant de Derrick :
" est ce que vous connaissez le vrai prenom de matt houston
parce que matt c'est bidon ,
son vrai prenom c'est gédebord parce que gédeborouston "
( j'ai des beaux roustons ) -
What's up Tiger Lilly
( Lilly la tigresse ) Woody Allen 1966
Le véritable ancêtre de la classe
americaine. Premier film de Woody
Allen (en tant qu'auteur), et sorti
récemment en DVD.
Pas un chef d'oeuvre de finesse
auquel l'auteur nous a depuis habitué
Le fait de suivre strictement le cours
du flim original a peut etre été un
carcan, empechant ainsi une plus
grande creativité .
Phil Moskowitz se lance à la recherche
d'une recette de salade d'oeufs durs dont
dépend le sort du monde. il aura fort à
faire face à une bande de Yakusas
déchaînés.
Ce projet lui a été proposé par le
producteur Ben Shapiro qui détenait les
droits du long métrage.
Woody Allen a racheté un film
d'espionnage japonais:
"Kokusai Himitsu Keisatsu: Kagi No Kagi"
(1965) Directed by Senkichi Taniguchi;
et a remplacé les voix par la sienne et
celles de ses amis sans trop se soucier
de l'histoire originale (la recherche d'une
machine cryptographique), offrant une
parodie délirante du film de gangsters.
A voir en VOST, l'humour de Woody
Allen et ses references supportant mal la
traduction française, surtout s'agissant
d'un film de délire total.
Livrés à eux-memes, les doubleurs
incontournables de l'époque, trop
académiques et trop traditionnels,
(Francis Lax, Jacques Thebault, Raymond
Loyer) ont eu du mal à s'adapter à cet
exercice délirant
Lily La Tigresse" a été désavoué par
Woody Allen à sa sortie. Le futur cinéaste
a attaqué en justice son producteur pour
qu'il ne sorte pas le film en salle.
Celui-ci avait fait des modifications qui
paraissaient déplacées au dialoguiste.
Plusieurs lignes de dialogue, jugées
sans doute déplacées, ont été
modifiées lors de la sortie vidéo
américaine du film
Woody Allen retira sa plainte devant le
succès critique du film.
A noter: Allen en profite pour integrer
des intermedes musicaux de ses
potes, l'orchestre les "Lovin Spoonful".
Le générique de fin mérite d'être souligné: Affalé sur un divan, Woody Allen croque
une pomme au coté d'une strip-teaseuse à la poitrine avantageuse
Un texte défile et annonce très classiquement que: "toute ressemblance avec des
personnages existants ou ayant... etc, puis ce même texte fait remarquer que si vous
l'avez lu au lieu de regarder la strip-teaseuse, vous devriez
aller consulter un psychanaliste... ou bien alors votre opticien...
et le texte de proposer un petit test de vue improvisé.
Petite precision sur le principe du detournement
Le générique de fin mérite
d'être souligné:
Affalé sur un divan, Woody
Allen croque une pomme au coté d'une
strip-teaseuse à la
poitrine avantageuse
.
Un texte défile et annonce
très classiquement que
toute ressemblance avec
des personnages existants
ou ayant... etc,
puis ce même texte
fait remarquer
que si vous l'avez lu au
lieu de regarder la
strip-teaseuse, vous
devriez aller consulter
un psychanaliste... ou bien
alors votre opticien...
et le texte de proposer un
petit test de vue
improvisé.
Derrick contre Superman
michel Hazanavicius - Dominique Mezerette 1992
Conçu et réalisé par Michel Hazanavicius
et Dominique Mézerette un an avant
le grand détournement.
Produit par Eve Vercel et Robert Nador
couleur, DUNE/Canal+, durée: 16'00.
Avec les voix de Evelyne Grandjean,
Patrick Burgel.
Monté à partir d'extraits de: Derrick,
Les Aventures De Superman,
Dynastie, Starsky Et Hutch, Matt Huston,
Le Petit Train De La Mémoire,
Le Prisonnier, Droles De Dames,
Kung-Fu, Les Chevaliers Du Ciel,
Cote Ouest, Amicalement Votre, Le
Saint, Maigret, Belle Et Sébastien.
Le pitch: Derrick veut recréer une
nouvelle nouvelle chaîne "La 5" (la
précédente de Berlusconni ayant
connu la fin qu'on connait), il va
faire appel à différentes
personnalités, mais les héros de
M6 ( Superman, Roger
Moore et Patrick McGoohan vont
tenter de contrecarrer ses plans.
Le Triomphe de Bali Balo
michel Hazanavicius - Dominique Mezerette 1993
ou "L'Invasion des Pervers
Polymorphes";
ou "la Splendeur De La Honte".
Diffusée sur Canal +
pour un spécial "Ca Cartoon", rebaptisé
pour l'occasion:
"ça détourne", l'émission est
destinée aux enfants, ce qui explique le
ton assez puerile de Philippe Dana et
Valerie Payet)
Ces derniers sont chargés par Bugs
Bunny ( doublé par guy pierrot )
de trouver des idées d'emission pour
les jeunes.
certaines scenes et repliques
resteront neanmoins a la posterité sur
les forums internet comme celle du
capitaine flirt
" salut les ptits pédés ! "
on remarquera
deja en 93 la tendance
d'hazananavicius
a tourner les nazis en
derision avec cette scene
tirée de wonder woman: "
- nazi: qu'est ce que vous
pouvez comprendre a notre
sens du bon delire ?
- wonderwoman: mais t'en
a pas marre d'etre nazi ? tu
te rend pas compte que
c'est du fascisme ?
tendance qui se confirmera
13 ans plus tard avec
les desormais cultissimes
oss117 :
- oss:" toi moktar !
tu n'est pas seulement un lache ,
tu es un traitre
comme ta petite taille le
laissait deviner...
- moktar le nazi:
" et toi tu est quoi toi ?
hein ? kes ty est hein ? nardine
immouk !
- nazi : " silence moktar !
tu est toleré ici !
- oss:" le 3 eme reich et
l'ideologie nazi m'ont
toujours rendu dubitatif "
- nazi : bla bla, c'est
marrant, c'est toujours les
nazis qui ont le mauvais
role , on est en 1955! on
peut avoir une 2 eme
chance ?"
_____________
(second degré magnifique et
capacité de recul et d'autoderision,
pour un cineaste d'origine juive )
Ecrit et réalisé par Michel
Hazanavicius,
Daniel Lambert et Dominique
Mézerette.
Produit par Eve Vercel, Robert Nador
et Michel Lecourt.
39 min, couleur,
Canal+/DUNE/Warner Bros Télévision.
Avec Valérie Payet, Philippe Dana.
Détournement de:
Les Bérets Verts, Bullitt, The
Crimson Pirate, superman
Compartiment Tueurs, Une
Apres-Midi De Chien, Wonder
Woman,
La Tour Infernale, Rick Hunter,
Freddie etc..
Message a Caractere Informatif
de Nicolas et Bruno
Nicolas & Bruno : Mise en boîte
Ce
tandem fusionnel, révélé par Canal +, étrille le monde du travail par
l’absurde et via une entreprise fictive. Sur les écrans ce mercredi.
Une
entrevue avec les deux créateurs de la Cogip-participations, ça ne
s’improvise pas. Il faut âprement négocier un rendez-vous au milieu
d’un planning surchargé de réunions « Avenir et bordereau » et
« Progiciel et convivialité », se mettre au jour de la récente fusion
avec les Hollandais et ne pas oublier d’imprimer son badge visiteur à
présenter à l’entrée. Sauf que la Cogip, en vrai, n’existe pas. Cette
entreprise fictive possède bien son site web, a inspiré des heures de
programmes de télévision et plusieurs DVD, mais elle n’est que le
produit de l’imagination délirante de deux doux dingues qui ont fait de
la subversion de la culture d’entreprise par le rire une inépuisable
source d’inspiration.
Loin de la Défense, la multinationale pour de rire de
Nicolas & Bruno a établi son siège social dans une chambre de bonne
au sixième étage sans ascenseur d’un immeuble du IXe arrondissement
parisien. C’est là que ces deux grands malades du management par
l’absurde créent de toutes pièces un univers professionnel plus vrai
que nature, devenu le cadre de la Personne aux deux personnes, leur premier long métrage. Une « comédie du réel » dans laquelle les « garçons »,
comme les appelle leur producteur et mentor Alain Chabat, retracent la
misérable destinée du comptable Jean-Christian Ranu (Daniel Auteuil),
revigoré par l’irruption dans sa vie de Gilles Gabriel (Chabat), gloire
déchue de la variété années 80. Herbert Léonard au service du « fonds de roulement transactionnel », il fallait y penser…
L’un est totalement chauve et dégage une décontraction
nonchalante. L’autre a des cheveux et plus de réserve apparente. Les
différences s’arrêtent là. Ces deux énormes bosseurs sont adeptes de la
même neutralité vestimentaire et aussi inséparablezs
qu’interchangeables dans le travail. Au téléphone, ils répondent
toujours à deux, d’un hilarant et faussement naturel « salut, c’est Nicolas & Bruno dans l’appareil »,
grâce à une oreillette stéréo. Leur ordinateur est doté de deux souris.
Mais pour le reste, c’est-à-dire la nuit et les week-ends, chacun a son
scooter et sa vie de famille bien à lui. Trois enfants et un pavillon
aux Lilas pour l’un, un enfant et un petit loft dans le XXe pour
l’autre. « On est un kolkhoze dans lequel tout est en commun, y compris l’ego »,
dit Nicolas & Bruno. Toute distinction du binôme serait
artificielle, la paire est tellement réglée qu’elle ne se coupe jamais
la parole.
Leur apport très personnel à la culture d’entreprise,
c’est le décalage permanent, la démonstration poussée jusqu’au énième
degré des névroses du monde du travail. « On part toujours de la
comédie, mais sur le fil, entre rire et dépression, tendresse et
détresse, commente Nicolas & Bruno. Lors de nos premiers stages, on
a été marqués par ces scènes où l’on voit des gens fondre en larmes
puis partir juste après dans un fou rire. Les gens ne laissent pas
leurs problèmes à la porte de la boîte, et ce qui nous intéresse, c’est
de capter ce moment où tout dérape, où les masques tombent. » Signe de
l’époque, ces gentils dynamiteurs qui votent à gauche ont opté pour la
poilade plutôt que la critique sociale pour faire la peau aux discours
sur l’entreprise cool, citoyenne et durable. « Le côté chansonnier franc-tireur, ce n’est pas notre truc. » Une seule fois, il y a dix ans, ils se sont engagés « frontalement »
en faisant dire à Adriano, leur doublure ridicule de boys-band sur une
telenovela vénézuélienne, que les électeurs du Front national, à la
différence de lui, « ne feront pas la grasse matinée toute la journée ».
C’était jour de législative à Toulon et à cause d’Adriano, le Conseil
constitutionnel a annulé l’élection. Vaccinés, les garçons.
Ils sont nés à Versailles de pères banquier et
magistrat et se sont rencontrés à Notre-Dame-des-Grands-Champs à l’âge
où l’on rêve de belles choses. « Dans la vie, en
général, les gens veulent s’en sortir. A Versailles, c’est différent ;
il faut en sortir, échapper par tous les moyens au scoutisme, au
catéchisme. » Leurs premiers boulots d’été en supermarché ou à
l’accueil d’agences bancaires fournissent la matrice de leurs
déconnades. Accros à la vidéo, ils louent leurs premières caméras,
s’initient à l’art du détournement : faux clips, doublages et autres
caméras planquées. En terminale, ils essaient de financer leur premier
film en montant un Feydeau avec le prof de philo. Raté, le prof part
avec la caisse. Fans d’Objectif Nul, des
comédies-tranche de vie des années 70 et 80 (les films d’Yves Robert,
Clara et les chics types, Pour cent briques, t’as plus rien, etc.), ils
étudient, l’un le cinéma et l’autre à Sciences-po, sans jamais cesser
d’expérimenter, d’espionner des séminaires Herbalife et des salons
d’entrepreneurs. Jusqu’au jour où un de leurs copains chez Virgin leur
signale que leurs « conneries pourraient être rémunérées ».
Ils y réalisent des petits films en interne et se retrouvent à faire
rire les commerciaux sur des doublages de films porno dans le cadre
d’improbables séminaires « force de vente ». Ils
tâtent de la pub chez Young & Rubicam où ils rencontrent Frédéric
Beigbeder, qui leur confie quelques potacheries publicitaires et dont
ils écriront le scénario adapté de 99 francs. Un
parcours qui ne pouvait finir que chez Canal +, où Alain de Greef ira
jusqu’à mettre une équipe de quinze documentalistes à leur disposition
pour écumer les fonds de tiroir des films institutionnels d’entreprise
du monde entier. Ils en tireront plus de 300 doublages pour des Messages à caractère informatif réalisés, par exemple, à partir d’un film de formation pour ambulanciers en RDA.
Longtemps anonymes, ces « Daft Punk du rire »,
comme l’avait titré un jour un hebdo culturel en raison de leur refus
obstiné de montrer leur tête à la télé, sont en réalité des employés
modèles à leur propre compte. Ils travaillent à heures fixes, de 9
heures à 19 heures, sont toujours intermittents du spectacle, n’ont pas
créé de boîte de prod, ne savent « vraiment pas, sincèrement »
combien ils gagnent. Ces entomologistes de la cravate-moustache font
tout de même partie de cette nouvelle génération qui se sert de la
Toile pour faire vivre et prolonger ses créations. Outre le site de la
Cogip, traduit en vrai néerlandais, leurs personnages ont leurs pages
Myspace et Facebook .
En dehors de l’entreprise où ils n’ont jamais
réellement travaillé, les garçons avouent un faible pour la photo, avec
une prédilection pour l’hyperréalisme d’un Martin Parr ou du Suédois
Lars Tunbjörk, qui a passé trois ans de sa vie à immortaliser… des
bureaux. Ils raffolent des mélodies d’ascenseur et du easy listening le
plus bizarroïde. Ils citent un livre, Gros-Câlin de Romain Gary (tous leurs mails se concluent par « gros poutous »),
un pays, l’Inde, et un autre objet de fascination que l’entreprise
ripolinée minitel : Bollywood, thème de leur prochain film. Nostalgie
permanente et kitsch ? « Pas du tout, on n’est pas fans
de Casimir. Ce qui nous obsède, c’est l’esthétique du réel, l’image
plus vraie qu’en vrai. Notre plus grand bonheur, ce serait qu’en
croisant Auteuil dans la rue, les gens lui demandent comment va son
boulot à la Cogip. »