Le titre suffit à montrer la loufoquerie de ce premier projet,
le
résumé qu'en fait Michel Hazanavicius aussi:
"On a fait ce petit
programme de 15 minutes
où on a pris des héros de séries télés
comme
Maigret, et on les a fait péter et dire des conneries",
tout en gardant
les images d'origine.
Après un deuxième court métrage réalisé la même année, en 1992,
(Ça détourne),
Robert Nador propose un défi de taille au duo.
Nous sommes en 1993 et
Canal+ souhaite rendre un hommage
au cinéma américain.la warner delivre alors imprudemment l'autorisation
signée de la main du patron de la Warner monde
d'utiliser les extraits de son catalogue (env 3000 titres)
afin de realiser
un petit flim parodique et promotionnel,
avec néanmoins quelques recommandations:
ne pas toucher, entre autres, ni à Eastwood ni à Kubrick,
pour le reste, totale liberté.
C'était, à l'époque, sous-estimer le potentiel de l'humour Canal
(cul'un mouton toussa) et surtout de sir Hazanavicious et Mezerette.
Leur tour de force fut alors de s'adjoindre les services des authentiques
doubleurs de l'époque des personnages detournés: les voix de Raymond Loyer (le doubleur attitré de John Wayne), de Marc Cassot ( la voix de paul newmann )
et de Roger Rudel, (la voix familiere et nasillarde de Kirk Douglas
et Richard Widmark entre autres).
Ces respectables vieux doubleurs ont du y voir l'occasion de bien se marrer,
tout en se
liberant du poids de l'étiquette de leurs personnages
Notez qu'aux cotés de ces légendes du doublage, ont collaboré des
personnalités nettement moins academiques, en la personne de : Jean-Yves
Lafesse, Sir Alain Chabat, ou encore Dominique Faruggia...
Le fait est qu'au final le résultat s'avère bluffant et l'illusion parfaite.
Et c'est une claque magistrale que se prirent
les quelques privilégiés incredules
( moi compris ) possédant à l'époque Canal+ le 31/12/93 (1ère diffusion).
On avait encore jamais entendu John Wayne sortir
avec sa vrai voix des répliques du genre :
\
" J’ai envie d’aller aux gogues."
\
" J’ai les bonbons qui collent au papier "
\
"Tu vas voir la classe. Putain de zen. Nardine."
Peu de gens ayant alors pu enregistrer sur leurs magnetoscopes
les 2 ou 3 rediffusions des semaines suivantes,
cet ovni est devenu rare, confidentiel et "underground":
un objet (de) culte par excellence,
un flim jamais commercialisé, dont la légende ne pourrait être dorénavant
transmise que par le bouche a oreille ou les projections privées.
10 ans plus tard, nos vieilles cassettes VHS fatiguées étaient
sur le point de rendre l'âme quand apparut le phénomène peer to peer
(çaÿ mal , mais incontournable pour voir ce "flim" ) qui relança sa diffusion
et propagea ce phénomène Kûlte chez la nouvelle génération.
Il n'existe pas en DVD/VHS dans le commerce, essentiellement en raison
des multiples, couteux et problématiques droits d'auteurs nécessaires...
Finalement, ça n'est pas plus mal, car le trouver en DVD en grande surface
avec ses petits bonus et ses featurettes
démystifierait une bonne partie de la legende .
Néanmoins, un DVD non-officiel de la meilleure qualité possible
aurait été créé par des aficionados , suite à l'emprunt discret et temporaire
du master dans la videothèque de Canal +
(Deul, respect éternel de la communauté )
Hazanavicius et Mezerette gardent la recette qui a fait le succès
des deux premiers détournements: faire dire des âneries,
des blagues
pipi-caca à des légendes du cinéma.
Pendant 4 mois, ils visionnent à
longueur de journée les classiques Warner,
sans le son, et conservent
les passages en fonction de
ce qu'ils lisent sur les lèvres des
personnages.
"Il y a un extrait qu'on voulait absolument conserver.
On y voyait
Charles Bronson jouer un indien.
Sans le son, on avait l'impression
qu'il disait 'Chips'.
Ce passage n'avait aucun intérêt mais il était
très drôle",
raconte Michel Hazanavicius.
Restait le plus difficile à faire: organiser cette banque d'images.
"On savait que le film était programmé pour le jour de Noël
et il
fallait qu'on trouve un scénario, se souvient Michel Hazanavicius.
On a
donc étalé toutes nos notes par terre, chez moi.
Sur deux pièces
y'avait des trucs partout et on s'est dit, voilà,
avec toutes ces
conneries qu'est-ce qu'on fait?
On a choisi de copier la trame de Citizen Kane,
une construction en escargot,
avec des flash-backs qui racontent la vie
d'un homme.
Avec le catalogue Warner, on avait plein de séquences
dans
lesquelles jouaient de grands acteurs.
On a pensé au mythe John Wayne.
La classe.
" A la façon Citizen Kane, des journalistes rencontreraient
des proches de John Wayne (George Abitbol dans le film) et tenteraient
de comprendre pourquoi au moment de mourir, il avait dit "Monde de
merde".
Voilà La Classe américaine: un film de 1h20,
créé avec les
extraits de plus de 80 films tirés du catalogue
des Studios Warner
Bros, redoublés par les voix françaises
des plus grands acteurs
américains, organisé autour d'un scénario
piqué à Citizen Kane,
avec le plus beau casting jamais réuni.
Dit comme cela, ce film ne semble pas bien légal,
d'autant que les
deux compères n'ont jamais payé pour utiliser ces extraits.
Et
pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraître,
Dominique Mézerette
et Michel Hazanavicius n'ont jamais fait l'objet de poursuites
judiciaires, ni même de menaces de la part d'avocats
défendant les
intérêts de la Warner.
Comment sont-ils passés entre les dents des requins
défendant l'un
des plus grands studios américains?
Par un heureux concours de
circonstances. Michel Hazanavicius se souvient:
"Le patron de Warner
monde nous avait autorisé
à utiliser le catalogue de son studio pour
faire un pseudo hommage au cinéma.
Quand les dirigeants ont vu notre
truc,
qui n'était pas du tout un hommage au cinéma,
mais un truc de
sagouin, ils se sont dit:
'On s'est engagé, c'est bien, on l'a fait.
Maintenant, on le diffuse une fois, et après on met les bandes sous
clé.'"
Robert Nador avait promis au duo que ce détournement serait diffusé au
cinéma
pour les convaincre de s'engager dans cette longue aventure.
Raté.
Le film n'aurait le droit qu'à une unique diffusion.
"Sauf qu'on
a chopé un exemplaire,
que des mecs de Canal aussi et que des
téléspectateurs l'avaient enregistré.
Le film s'est alors échangé sous
le manteau", explique Michel Hazanavicius.
Pour Dominique Mézerette, Warner ne pouvait se lancer
dans une
procédure judiciaire. "C'est eux qui avaient commis une faute
en nous
laissant utiliser leurs images.
Dans cette histoire, il y a eu une
succession de conneries".
Une connerie, c'est aussi ce qu'est La Classe américaine
pour le duo.
Rien de plus. "Avec ce film, nous n'avons pas fait un
rond. Canal, non plus.
La Warner, non plus. Tout le monde s'est
retrouvé marron.
Je crois qu'à l'arrivée les seuls qui ont fait un peu
d'argent,
ce sont les marchands de tee-shirts, qui imprimaient des
répliques dessus".
Même sans faire de bénéfice, le principe du détournement
est
nécessairement lié à celui du piratage.
Au début des années 90, le
phénomène ne connaissait pas
l'ampleur qu'il a pris aujourd'hui.
Youtube, c'était le bon vieux magnéto,
le fichier .avi une VHS
difficile à envoyer à des dizaines de personnes,
si ce n'est dans des
enveloppes dûment timbrées.
Mais les deux phénomènes vont de paire.
Que pensent d'ailleurs les
deux réalisateurs du téléchargement illégal?
Pour Michel Hazanavicius,
le piratage ne tue pas forcément la création.
"C'est plutôt quelque
chose qui permet à tout le monde
d'avoir accès à la culture. C'est
compliqué de donner un outil aux gens
qui leur permet de découvrir la
culture gratuitement,
puis après de leur dire, faut pas s'en servir."
Dominique Mézerette est lui plus catégorique encore:
"Je suis
convaincu que le droit d'auteur est une imposture.
Le piratage est
nécessaire. Cette loi, j'espère qu'elle ne verra jamais le jour"
contient des extraits de l'interview de Matthieu Deprieck,
Clément Sautet, pour l'express.fr
( version avec au generique le logo rajouté de "Cycyr"
Triste sir qui s'etait mis en tete en 2004 de vendre par correspondance un dvd pourri 18ˆ
a ses petits camarades .>>source cf le 11 eme post
" Moi je pense qu’il avait pas plus de classe que de beurre au cul.
Enfin si vous etes un puriste Taliban, Attention également a ne pas ceder a la tentation ( sous pretexte d'afficher votre appartenance a une tribu )
d'acheter des t-shorts ou des casquettes sur ce site ( je ne leur ferais pas de pub en mettant ici un lien ) qui se fait du fric sans aucune légitimité en récuperant les visuels et répliques cultes du Grand Détournement : sheraf, le orlando's, monde de merde, cyclimse, etc...
En plus quand on écrit georges au lieu de george ( se referer au génerique du flim ) ,
tout ce qu'on mérite c'est de chopper une mega-chiasse
La Dialectique peut elle casser des Briques , - René vienet 1973
René Vienet
René Vienet est expulsé de Chine en 1966 alors qu'il y est étudiant, pour avoir osé denoncer la mystification de la "grande revolution prolétarienne".
Il rejoint Paris et devient, avec Guy Debord un des maîtres à penser du journal de "l'Internationale Situationniste", qui, à la veille des évenements de 68 est un des courants les plus virulents.
Sorte d'idéologie d'anarchistes intellectuels de St-Germain-des-prés, le situationnisme critique les dérives de notre societé de consommation capitaliste et prône une révolution permanente de la vie quotidienne, en remettant en cause chaque ambiance et situation momentanée de la vie.
Le détournement cinématographique est notamment un moyen de l'exprimer. C'est pourquoi après avoir publié de nombreux ouvrages sur la Chine Populaire, René Vienet s'y essaiera avec ce détournement d'un film de kung-fu de1972, Tang shou tai quan dao :
"La dialectique peut elle casser des briques?" détourne les dialogues d'origine en faisant appel a de nouveaux doubleurs, contrairement aux films de Guy Debord qui detourne le sens des films en recitant un texte en voix off.
On peut dire que c'est le premier "grand détournement" (dans le sens ou on l'entend aujourd'hui) du cinema français
Notez dans les doublages la présence de Patrick Dewaere et de Jacques Thebault (la voix de McGoohan dans le prisonnier).
"Directed" by the French situationist Rene Vienet, this film is an exercise in intellectual absurdity. A Hong Kong martial arts movie overdubbed with French political diatribes and philosophies, designed to entertain and amuse, while proving a number of artistic and political points.
The "story" details the epic battle between the proletariats and the bureaucracy, with a martial arts school as the utopian commune. Filled with amazingly absurd humor and political satire that will make you feel all intellectual inside, it’s an amazing combination of near slapstick comedy and Godardian experimentation. In many ways it seems that Vienet was trying to make some very important statements, such as the way cinema feeds ideology and his intense anger over the sad failure of socialism. It is also considered the only remaining film vision of the situationist's technique, détournement - the diversion of already existing cultural elements to new subversive purposes. But overall, this comes off as a kind of Mystery Science Theatre for fans of Guy Debord and Wilhelm Reich. www.5minutestolive.com
j'aime bien mettre des textes en anglais , ça fait tout de suite plus credible.
le premier detournement français fut revolutionnaire a tous les sens du terme
"[...] Il va de soi que l'on peut non seulement corriger une oeuvre ou intégrer divers fragments d'oeuvres périmées dans une nouvelle, mais encore changer le sens de ces fragments et truquer de toutes les manières que l'on jugera bonnes ce que les imbéciles s'obstinent à nommer des citations [...] "
( mode d'emploi du détournement - Guy Debord 1956 )
Reflexion visionnaire qui avait deja défini les bases du détournement il y a 50 ans
Guy Debord sociologue theoricien revolutionnaire
fondateur du courant situationiste est, entre autres
l’auteur de six films, réalisés entre 1952 et 1978,
qui ont posés les premieres bases du detournement,
a savoir se reapproprier une œuvre en donnant un autre
sens a l'image que celui d'origine voulu par l'auteur.
Techniquement, il n'employe pas la méthode du doublage
mais de la voix off sur des films publicitaire insipide ou
film hollywoodien des années 40 - 50
mais l'oeuvre de guy Debord, ça peut etre génial /
intello-chiant, selon si on est porté sur la philo et la
théorie politique ou pas.
La théorie de Debord est que, après l'échec de toutes
les révolutions prolétariennes et la tendance du
capitalisme moderne à devenir avant tout une industrie
du spectacle, seul le détournement du spectacle peut
vaincre le capitalisme
Il n'avait pas prévu que l'industrie du spectacle intégrerait
dans le spectacle lui-même son propre détournement .
Fidele a ses convictions, Debord s'interdira lui meme a la projection en salle en 1984.
au debut de son dernier film
" in girum..." il commence par
destabliliser le spectateur
en lui renvoyant a l'ecran
son propre reflet et en
l'avertissant qu'il ne trouvera au
cinema qu'un mensonge et non
cette evasion qu'il etait venu
chercher.
"Je ne ferai, dans ce film,
aucune concession au public "
« Ainsi donc, au lieu d'ajouter un
film à des milliers de films
quelconques, je préfère exposer
ici pourquoi je ne ferai rien de
tel. Ceci revient à remplacer les
aventures futiles que conte le
cinéma par un sujet important :
moi-même. »
"Oui, je me flatte de faire un film
avec n’importe quoi, et je trouve
plaisant que s’en plaignent ceux
qui ont laissé faire de toute leur
vie n’importe quoi. "
puis, la camera s'attarde longuement sur des images publicitaires censées
representer un certain idéal de bohneur,
caracterisé par la consommation et la possession de biens materiels,
mais les commentaires en voix of de guy Debord les detournent de leur sens
originel :
"Ce sont des salariés pauvres qui se croient des propriétaires,
des ignorants mystifiés qui se croient instruits,
et des morts qui croient voter. "
"Ils ressemblent beaucoup aux esclaves,
parce qu'ils sont parqués en masse,
et à l'étroit, dans de mauvaises bâtisses malsaines et lugubres,
mal nourris d'une alimentation polluée et sans goût ..."
"Leur statut peut être plutôt
comparé au servage, parce qu'ils
sont exclusivement attachés à une
entreprise et à sa bonne marche,
quoique sans réciprocité en leur
faveur, et surtout parce qu'ils
sont étroitement astreints à
résider dans un espace unique:
le même circuit des domiciles,
bureaux, autoroutes, vacances et
aéroports toujours identiques "
in girum imus nocte et consumimur igni
extraits - 9 minutes 16
témoignage de Stéphanie Granel
Monteuse du film In girum imus nocte et consumimur igni
(Guy Debord,1978),à l’occasion de la sortie de l’intégrale « Guy Debord cinéaste »
"(...) nous partions en projection: Guy Debord avait demandé des copies de
certains films à son ami et producteur, Gérard Lebovici, qui possédait une salle
à Paris. Ensemble, nous regardions Les Enfants du Paradis (Carné), La Charge de
la Brigade légère (Michael Curtiz), etc.
Debord signalait les passages qu’il voulait utiliser, et Alice les notait.
Ensuite, nous foncions en salle de montage, dans les labos GTC à Joinville-le-Pont
et nous convertissions tout en 35 mm, format 1.33 - format des premiers écrans
de télévision, assez carré.
Le temps de faire une copie, bien sûr, un ou deux jours s’écoulaient.
Les films étaient donc « empruntés à long terme » aux distributeurs ou aux
ayants-droits, sans leur accord et sans qu’ils sachent que nous en utilisions des
extraits. Puis les films leur étaient rendus. Debord procédait à ce vol de façon
manifeste et volontaire, sans doute car il estimait que personne n’avait à
revendiquer la propriété d’une image. Et Lebovici était complice, il savait qu’il
prenait un risque...(..) "
propos receuillis par Benjamin Bibas pour fluctuat.net
petite reflexion amusante: pour realiser la Classe Americaine,
Hazanavicius et Mezerette ont eux memes emprunté des films au catalogue warner
,trompant la major quand a l'intention veritable de leur projet.
En cela, ils ont quelque part perpetuer l'acte de Debord des decennies plus tard .
ils lui rendent d'ailleurs un hommage en l'associant au generique
de " la classe Americaine "
et un plus discret dans " Derrick contre superman "
avec une devinette assez capillotractée du lieutenant de Derrick :
" est ce que vous connaissez le vrai prenom de matt houston
parce que matt c'est bidon ,
son vrai prenom c'est gédebord parce que gédeborouston "
( j'ai des beaux roustons ) -
What's up Tiger Lilly
( Lilly la tigresse ) Woody Allen 1966
Le véritable ancêtre de la classe
americaine. Premier film de Woody
Allen (en tant qu'auteur), et sorti
récemment en DVD.
Pas un chef d'oeuvre de finesse
auquel l'auteur nous a depuis habitué
Le fait de suivre strictement le cours
du flim original a peut etre été un
carcan, empechant ainsi une plus
grande creativité .
Phil Moskowitz se lance à la recherche
d'une recette de salade d'oeufs durs dont
dépend le sort du monde. il aura fort à
faire face à une bande de Yakusas
déchaînés.
Ce projet lui a été proposé par le
producteur Ben Shapiro qui détenait les
droits du long métrage.
Woody Allen a racheté un film
d'espionnage japonais:
"Kokusai Himitsu Keisatsu: Kagi No Kagi"
(1965) Directed by Senkichi Taniguchi;
et a remplacé les voix par la sienne et
celles de ses amis sans trop se soucier
de l'histoire originale (la recherche d'une
machine cryptographique), offrant une
parodie délirante du film de gangsters.
A voir en VOST, l'humour de Woody
Allen et ses references supportant mal la
traduction française, surtout s'agissant
d'un film de délire total.
Livrés à eux-memes, les doubleurs
incontournables de l'époque, trop
académiques et trop traditionnels,
(Francis Lax, Jacques Thebault, Raymond
Loyer) ont eu du mal à s'adapter à cet
exercice délirant
Lily La Tigresse" a été désavoué par
Woody Allen à sa sortie. Le futur cinéaste
a attaqué en justice son producteur pour
qu'il ne sorte pas le film en salle.
Celui-ci avait fait des modifications qui
paraissaient déplacées au dialoguiste.
Plusieurs lignes de dialogue, jugées
sans doute déplacées, ont été
modifiées lors de la sortie vidéo
américaine du film
Woody Allen retira sa plainte devant le
succès critique du film.
A noter: Allen en profite pour integrer
des intermedes musicaux de ses
potes, l'orchestre les "Lovin Spoonful".
Petite precision sur le principe du detournement
Le générique de fin mérite
d'être souligné:
Affalé sur un divan, Woody
Allen croque une pomme au coté d'une
strip-teaseuse à la
poitrine avantageuse
.
Un texte défile et annonce
très classiquement que
toute ressemblance avec
des personnages existants
ou ayant... etc,
puis ce même texte
fait remarquer
que si vous l'avez lu au
lieu de regarder la
strip-teaseuse, vous
devriez aller consulter
un psychanaliste... ou bien
alors votre opticien...
et le texte de proposer un
petit test de vue
improvisé.
Derrick contre Superman
michel Hazanavicius - Dominique Mezerette 1992
Conçu et réalisé par Michel Hazanavicius
et Dominique Mézerette un an avant
le grand détournement.
Produit par Eve Vercel et Robert Nador
couleur, DUNE/Canal+, durée: 16'00.
Avec les voix de Evelyne Grandjean,
Patrick Burgel.
Monté à partir d'extraits de: Derrick,
Les Aventures De Superman,
Dynastie, Starsky Et Hutch, Matt Huston,
Le Petit Train De La Mémoire,
Le Prisonnier, Droles De Dames,
Kung-Fu, Les Chevaliers Du Ciel,
Cote Ouest, Amicalement Votre, Le
Saint, Maigret, Belle Et Sébastien.
Le pitch: Derrick veut recréer une
nouvelle nouvelle chaîne "La 5" (la
précédente de Berlusconni ayant
connu la fin qu'on connait), il va
faire appel à différentes
personnalités, mais les héros de
M6 ( Superman, Roger
Moore et Patrick McGoohan vont
tenter de contrecarrer ses plans.
Le Triomphe de Bali Balo
michel Hazanavicius - Dominique Mezerette 1993
ou "L'Invasion des Pervers
Polymorphes";
ou "la Splendeur De La Honte".
Diffusée sur Canal +
pour un spécial "Ca Cartoon", rebaptisé
pour l'occasion:
"ça détourne", l'émission est
destinée aux enfants, ce qui explique le
ton assez puerile de Philippe Dana et
Valerie Payet)
Ces derniers sont chargés par Bugs
Bunny ( doublé par guy pierrot )
de trouver des idées d'emission pour
les jeunes.
certaines scenes et repliques
resteront neanmoins a la posterité sur
les forums internet comme celle du
capitaine flirt
" salut les ptits pédés ! "
on remarquera
deja en 93 la tendance
d'hazananavicius
a tourner les nazis en
derision avec cette scene
tirée de wonder woman: "
- nazi: qu'est ce que vous
pouvez comprendre a notre
sens du bon delire ?
- wonderwoman: mais t'en
a pas marre d'etre nazi ? tu
te rend pas compte que
c'est du fascisme ?
tendance qui se confirmera
13 ans plus tard avec
les desormais cultissimes
oss117 :
- oss:" toi moktar !
tu n'est pas seulement un lache ,
tu es un traitre
comme ta petite taille le
laissait deviner
- moktar le nazi:
" et toi tu est quoi toi ?
hein ? kes ty est hein ? nardine
immouk
- nazi : " silence moktar !
tu est toleré ici !
- oss:" le 3 eme reich et
l'ideologie nazi m'ont
toujours rendu dubitatif "
- nazi : bla bla, c'est
marrant, c'est toujours les
nazis qui ont le mauvais
role , on est en 1955! on
peut avoir une 2 eme
chance ?"
_____________
(second degré magnifique et
capacité de recul et d'autoderision,
pour un cineaste d'origine juive )
Ecrit et réalisé par Michel
Hazanavicius,
Daniel Lambert et Dominique
Mézerette.
Produit par Eve Vercel, Robert Nador
et Michel Lecourt.
39 min, couleur,
Canal+/DUNE/Warner Bros Télévision.
Avec Valérie Payet, Philippe Dana.
Détournement de:
Les Bérets Verts, Bullitt, The
Crimson Pirate, superman
Compartiment Tueurs, Une
Apres-Midi De Chien, Wonder
Woman,
La Tour Infernale, Rick Hunter,
Freddie etc..
Message a Caractere Informatif
de Nicolas et Bruno
Nicolas & Bruno : Mise en boîte
Ce
tandem fusionnel, révélé par Canal +, étrille le monde du travail par
l’absurde et via une entreprise fictive. Sur les écrans ce mercredi.
Une
entrevue avec les deux créateurs de la Cogip-participations, ça ne
s’improvise pas. Il faut âprement négocier un rendez-vous au milieu
d’un planning surchargé de réunions « Avenir et bordereau » et
« Progiciel et convivialité », se mettre au jour de la récente fusion
avec les Hollandais et ne pas oublier d’imprimer son badge visiteur à
présenter à l’entrée. Sauf que la Cogip, en vrai, n’existe pas. Cette
entreprise fictive possède bien son site web, a inspiré des heures de
programmes de télévision et plusieurs DVD, mais elle n’est que le
produit de l’imagination délirante de deux doux dingues qui ont fait de
la subversion de la culture d’entreprise par le rire une inépuisable
source d’inspiration.
Loin de la Défense, la multinationale pour de rire de
Nicolas & Bruno a établi son siège social dans une chambre de bonne
au sixième étage sans ascenseur d’un immeuble du IXe arrondissement
parisien. C’est là que ces deux grands malades du management par
l’absurde créent de toutes pièces un univers professionnel plus vrai
que nature, devenu le cadre de la Personne aux deux personnes, leur premier long métrage. Une « comédie du réel » dans laquelle les « garçons »,
comme les appelle leur producteur et mentor Alain Chabat, retracent la
misérable destinée du comptable Jean-Christian Ranu (Daniel Auteuil),
revigoré par l’irruption dans sa vie de Gilles Gabriel (Chabat), gloire
déchue de la variété années 80. Herbert Léonard au service du « fonds de roulement transactionnel », il fallait y penser…
L’un est totalement chauve et dégage une décontraction
nonchalante. L’autre a des cheveux et plus de réserve apparente. Les
différences s’arrêtent là. Ces deux énormes bosseurs sont adeptes de la
même neutralité vestimentaire et aussi inséparablezs
qu’interchangeables dans le travail. Au téléphone, ils répondent
toujours à deux, d’un hilarant et faussement naturel « salut, c’est Nicolas & Bruno dans l’appareil »,
grâce à une oreillette stéréo. Leur ordinateur est doté de deux souris.
Mais pour le reste, c’est-à-dire la nuit et les week-ends, chacun a son
scooter et sa vie de famille bien à lui. Trois enfants et un pavillon
aux Lilas pour l’un, un enfant et un petit loft dans le XXe pour
l’autre. « On est un kolkhoze dans lequel tout est en commun, y compris l’ego »,
dit Nicolas & Bruno. Toute distinction du binôme serait
artificielle, la paire est tellement réglée qu’elle ne se coupe jamais
la parole.
Leur apport très personnel à la culture d’entreprise,
c’est le décalage permanent, la démonstration poussée jusqu’au énième
degré des névroses du monde du travail. « On part toujours de la
comédie, mais sur le fil, entre rire et dépression, tendresse et
détresse, commente Nicolas & Bruno. Lors de nos premiers stages, on
a été marqués par ces scènes où l’on voit des gens fondre en larmes
puis partir juste après dans un fou rire. Les gens ne laissent pas
leurs problèmes à la porte de la boîte, et ce qui nous intéresse, c’est
de capter ce moment où tout dérape, où les masques tombent. » Signe de
l’époque, ces gentils dynamiteurs qui votent à gauche ont opté pour la
poilade plutôt que la critique sociale pour faire la peau aux discours
sur l’entreprise cool, citoyenne et durable. « Le côté chansonnier franc-tireur, ce n’est pas notre truc. » Une seule fois, il y a dix ans, ils se sont engagés « frontalement »
en faisant dire à Adriano, leur doublure ridicule de boys-band sur une
telenovela vénézuélienne, que les électeurs du Front national, à la
différence de lui, « ne feront pas la grasse matinée toute la journée ».
C’était jour de législative à Toulon et à cause d’Adriano, le Conseil
constitutionnel a annulé l’élection. Vaccinés, les garçons.
Ils sont nés à Versailles de pères banquier et
magistrat et se sont rencontrés à Notre-Dame-des-Grands-Champs à l’âge
où l’on rêve de belles choses. « Dans la vie, en
général, les gens veulent s’en sortir. A Versailles, c’est différent ;
il faut en sortir, échapper par tous les moyens au scoutisme, au
catéchisme. » Leurs premiers boulots d’été en supermarché ou à
l’accueil d’agences bancaires fournissent la matrice de leurs
déconnades. Accros à la vidéo, ils louent leurs premières caméras,
s’initient à l’art du détournement : faux clips, doublages et autres
caméras planquées. En terminale, ils essaient de financer leur premier
film en montant un Feydeau avec le prof de philo. Raté, le prof part
avec la caisse. Fans d’Objectif Nul, des
comédies-tranche de vie des années 70 et 80 (les films d’Yves Robert,
Clara et les chics types, Pour cent briques, t’as plus rien, etc.), ils
étudient, l’un le cinéma et l’autre à Sciences-po, sans jamais cesser
d’expérimenter, d’espionner des séminaires Herbalife et des salons
d’entrepreneurs. Jusqu’au jour où un de leurs copains chez Virgin leur
signale que leurs « conneries pourraient être rémunérées ».
Ils y réalisent des petits films en interne et se retrouvent à faire
rire les commerciaux sur des doublages de films porno dans le cadre
d’improbables séminaires « force de vente ». Ils
tâtent de la pub chez Young & Rubicam où ils rencontrent Frédéric
Beigbeder, qui leur confie quelques potacheries publicitaires et dont
ils écriront le scénario adapté de 99 francs. Un
parcours qui ne pouvait finir que chez Canal +, où Alain de Greef ira
jusqu’à mettre une équipe de quinze documentalistes à leur disposition
pour écumer les fonds de tiroir des films institutionnels d’entreprise
du monde entier. Ils en tireront plus de 300 doublages pour des Messages à caractère informatif réalisés, par exemple, à partir d’un film de formation pour ambulanciers en RDA.
Longtemps anonymes, ces « Daft Punk du rire »,
comme l’avait titré un jour un hebdo culturel en raison de leur refus
obstiné de montrer leur tête à la télé, sont en réalité des employés
modèles à leur propre compte. Ils travaillent à heures fixes, de 9
heures à 19 heures, sont toujours intermittents du spectacle, n’ont pas
créé de boîte de prod, ne savent « vraiment pas, sincèrement »
combien ils gagnent. Ces entomologistes de la cravate-moustache font
tout de même partie de cette nouvelle génération qui se sert de la
Toile pour faire vivre et prolonger ses créations. Outre le site de la
Cogip, traduit en vrai néerlandais, leurs personnages ont leurs pages
Myspace et Facebook .
En dehors de l’entreprise où ils n’ont jamais
réellement travaillé, les garçons avouent un faible pour la photo, avec
une prédilection pour l’hyperréalisme d’un Martin Parr ou du Suédois
Lars Tunbjörk, qui a passé trois ans de sa vie à immortaliser… des
bureaux. Ils raffolent des mélodies d’ascenseur et du easy listening le
plus bizarroïde. Ils citent un livre, Gros-Câlin de Romain Gary (tous leurs mails se concluent par « gros poutous »),
un pays, l’Inde, et un autre objet de fascination que l’entreprise
ripolinée minitel : Bollywood, thème de leur prochain film. Nostalgie
permanente et kitsch ? « Pas du tout, on n’est pas fans
de Casimir. Ce qui nous obsède, c’est l’esthétique du réel, l’image
plus vraie qu’en vrai. Notre plus grand bonheur, ce serait qu’en
croisant Auteuil dans la rue, les gens lui demandent comment va son
boulot à la Cogip. »