Ce premier article de l'Anthologie est dédié au flim qui m'a donné la vocation a realiser des
detournements, un flim qui demeure introuvable car jamais commercialisé, malgré une des distributions les plus prestigieuses du cinema, jugez plutot:
Lauren Bacall, Jacqueline Bisset, Charles Bronson, Angie Dickinson, Henry Fonda, Clark Gable, Dustin Hoffman,
Burt Lancaster, Dean Martin, Robert Mitchum, Paul Newman, Elvis Presley, Robert Redford, Randolph Scott, Frank Sinatra,James Stewart, Spencer Tracy, Lana Turner, John Wayne, Orson Welles...etc.
Le pitch: George Abitbol (John Wayne), détenteur du titre de "l'homme le plus classe du monde" meurt au debut du "flim" et ses dernières paroles sont mysterieusement : "monde de merde"...
Les journalistes Steven (Robert Redford),
Dave (Paul Newman) et Peter (Dustin Hoffman) sont alors chargés d'enqueter, et d'en trouver la signification en recueillant les témoignages de personnes ayant cotoyé Abitbol, selon un schéma de flashbacks explicitement inspiré de Citizen Kane.
A l'intention des rares quidams qui ne connaitraient pas encore cette oeuvre culte, petit rappel: Ce "flim", fruit d'un travail de montage de dingues, a été realisé
en six mois à partir d'une multitude de séquences de differents flims de la Warner, dont notamment "les hommes du president" qui en forme la colonne vertebrale.
Ses dialogues et la bande son ont été refaits entierement par une bande de "ouf-malades" officiant à l'époque sur Canal +. Il s'agissait en fait de leur troisième essai. l'histoire de la classe americaine débute en fait en 1992:
A l'occasion de la journée de la télé sur Canal+, Robert Nador
souhaite produire un film de montage parodique avec des images d'archives qui serait programme pour les fetes de fin d'année.
Il
appelle d'abord Alain Chabat, qui décline la proposition par manque de
temps. Mais ce dernier glisse alors le nom de Michel Hazanavicius, avec qu'il
compose les sketches des Nuls. Celui-ci
accepte la proposition de
Nador.
Le producteur met en relation Hazanavicius et Dominique
Mézerette. Les deux hommes écrivent un premier détournement baptisé:Derrick contre Superman.Le titre suffit à montrer la loufoquerie de ce premier projet, le
résumé qu'en fait Michel Hazanavicius aussi: "On a fait ce petit
programme de 15 minutes où on a pris des héros de séries télés comme
Maigret, et on les a fait péter et dire des conneries tout en gardant
les images d'origine."
Après un deuxième court métrage réalisé la même année, en 1992Ça
détourneaka "le triomphe de bali-balo" aka "la splendeur de la honte", Robert Nador propose un projet de taille au duo qu'il leur promet meme de
diffuser en salle pour les convaincre a s'engager.
nous sommes en 1993 et
Canal+ souhaite rendre un hommage au cinéma américain. la warner delivre alors imprudemment l'autorisation signée de la main du patron de la Warner "monde" d'utiliser les extraits de son catalogue (env 3000 titres) afin de realiser
un petit flim parodique et promotionnel, avec néanmoins quelques recommandations:
ne pas toucher, entre autres, ni à Eastwood ni à Kubrick, pour le reste, totale liberté.
C'était, à l'époque sous-estimer le potentiel delirant de l'humour Canal
(les nuls, les guignols, cul'un mouton toussa, et de Michel Hazanavicious et Dominique Mezerette.
Leur tour de force fut alors de s'adjoindre les services des authentiques
doubleurs de l'époque des personnages detournés: les voix de Raymond Loyer (le doubleur attitré de John Wayne), de Marc Cassot (la voix de paul newmann) et de Roger Rudel, (la voix familiere et nasillarde de Kirk Douglas et Richard Widmark entre autres)
ces choix furent determinants pour le realisme du flim.
Ces respectables vieux doubleurs ont du y voir l'occasion de bien se marrer, tout en se
liberant du poids de l'étiquette de leurs personnages. Notez qu'aux cotés de ces légendes du doublage, ont collaboré des personnalités nettement moins academiques, en la personne de Jean-Yves Lafesse, Sir Alain Chabat, ou bien encore Dominique faruggia.
Le fait est qu'au final le résultat s'avère bluffant et l'illusion parfaite, et c'est une claque magistrale que se prirent
les quelques privilégiés incredules (bibi y compris) possédant à l'époque Canal+ le 31/12/93 (premiere diffusion) on avait encore jamais entendu John Wayne sortir avec sa vrai voix des repliques a la con du genre:
Peu de gens ayant alors pu enregistrer sur leurs magnetoscopes les 2 ou 3 rediffusions des semaines suivantes,
cet ovni est devenu rare, confidentiel et "underground": un objet (de) culte par excellence,
un flim jamais commercialisé, dont la légende ne pourrait être dorenavant transmise que par le bouche a oreilles et les projections privees.
10 ans plus tard, nos vieilles cassettes VHS fatiguées étaient sur le point de rendre l'âme quand apparut le phénomène peer to peer
(çaÿ mal , mais incontournable pour voir ce "flim") qui relança sa diffusion
et propagea ce phénomène Kûlte chez la nouvelle génération.
Le flim n'existe pas en DVD/VHS dans le
commerce, essentiellement en raison
des multiples, couteux et problématiques droits d'auteurs necessaires et ca n'est finalement pas plus mal, car le trouver en DVD en grande surface avec ses petits bonus et ses featurettes démystifierait une bonne partie de la legende .
Pendant 4 mois, Hazanavicius et Mezerette visionnent à
longueur de journée les classiques Warner, sans le son, et conservent
les passages en fonction de ce qu'ils lisent sur les lèvres des
personnages.
"Il y a un extrait qu'on voulait absolument conserver. On y voyait
Charles Bronson jouer un indien. Sans le son, on avait l'impression
qu'il disait 'Chips'. Ce passage n'avait aucun intérêt mais il était
très drôle", raconte Michel Hazanavicius.
Restait le plus difficile à faire: organiser cette banque d'images. "On savait que le film était programmé pour le jour de Noël et il
fallait qu'on trouve un scénario, se souvient Michel Hazanavicius. On adonc étalé toutes nos notes par terre, chez moi. Sur deux piècesy'avait des trucs partout et on s'est dit, voilà, avec toutes ces
conneries qu'est-ce qu'on fait?"
"Avec le catalogue Warner, on avait plein
de séquences dans
lesquelles jouaient de grands acteurs. On a pensé au mythe John Wayne...
La classe.
On a egalement pensé a la trame de Citizen Kane, une construction en escargot, avec des flash-backs qui racontent la vie
d'un homme.
Des journalistes rencontreraient
des proches de John Wayne (George Abitbol dans le film) et tenteraient de comprendre pourquoi au moment de mourir, il avait dit "Monde de
merde".
Voilà La Classe américaine: un film de 1h20, créé avec les
extraits de plus de 80 films tirés du catalogue des Studios WarnerBros, redoublés par les voix françaises des plus grands acteurs américains, organisé autour d'un scénario piqué à Citizen Kane, avec le plus beau casting jamais réuni.
Dit comme cela, ce flim ne semble pas bien légal, d'autant que les
deux compères n'ont jamais payé pour utiliser ces extraits. Et
pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraître, Dominique Mézerette
et Michel Hazanavicius n'ont jamais fait l'objet de poursuites
judiciaires, ni même de menaces de la part d'avocats défendant les
intérêts de la Warner.
Comment sont-ils passés entre les dents des requins défendant l'un
des plus grands studios américains? Par un heureux concours de
circonstances. Michel Hazanavicius se souvient:
"Le patron de Warner nous avait autorisé à utiliser le catalogue de son studio pour
faire un pseudo hommage au cinéma. Quand les dirigeants ont vu notre
truc, qui n'était pas du tout un hommage au cinéma, mais un truc de
sagouin, ils se sont dit:
"On s'est engagé, c'est bien, on l'a fait.
Maintenant, on le diffuse une fois, et après on met les bandes sous
clé"
Le film n'aurait le droit qu'à une unique diffusion. "Sauf qu'on
a chopé un exemplaire, que des mecs de Canal aussi et que des
téléspectateurs l'avaient enregistré. Le film s'est alors échangé sous
le manteau"
Pour Dominique Mézerette, Warner ne pouvait se lancer dans une
procédure judiciaire: "C'est eux qui avaient commis une faute en nous
laissant utiliser leurs images. Dans cette histoire, il y a eu une
succession de conneries". Une connerie, c'est aussi ce qu'est La Classe américaine
pour le duo. Rien de plus."Avec ce film, nous n'avons pas fait un
rond. Canal, non plus. La Warner, non plus, tout le monde s'est
retrouvé marron. Je crois qu'à l'arrivée les seuls qui ont fait un peu
d'argent, ce sont les marchands de tee-shirts, qui imprimaient des
répliques dessus".
Même sans faire de bénéfice, le principe du détournement estnécessairement lié à celui du piratage. Au début des années 90, lephénomène ne connaissait pas l'ampleur qu'il a pris aujourd'hui. Youtube, c'était le bon vieux magnéto, le fichier .avi une VHS
difficile à envoyer à des dizaines de personnes, si ce n'est dans des
enveloppes dûment timbrées. Mais les deux phénomènes vont de paire.
Que pensent d'ailleurs les
deux réalisateurs du téléchargement illégal? Pour Michel Hazanavicius,le piratage ne tue pas forcément la création. "C'est plutôt quelque chose qui permet à tout le monde d'avoir accès à la culture. C'est
compliqué de donner un outil aux gens qui leur permet de découvrir la
culture gratuitement, puis après de leur dire, faut pas s'en servir."
Dominique Mézerette est lui plus catégorique encore "Je suis
convaincu que le droit d'auteur est une imposture. Le piratage est
nécessaire. Cette loi, j'espère qu'elle ne verra jamais le jour"
contient des extraits de l'interview de Matthieu Deprieck,
Clément Sautet, pour l'express.fr
un DVD non-officiel de la meilleure qualité possible circule sur le net, suite a l'emprunt temporaire et discret du master dans la videotheque de C+ par deux stagiaires aficionados, comme en temoigne "Deul" sur un forum en 2004: ( Deul respect eternel )
"J'avais découvert et enregistré ce truc sur canal
il y a un dizaine d'année, et avec ce fameux pote on avait vraiment
flashé sur le concept. On avait bien reussi il y a 4 ans a recuperer un video CD fait à partir d'une vieille VHS, mais rien de bien terrible.
Et en fait, l'an dernier, j'ai commencé à bosser pour canal+ (je brouille volontairement certaines infos, ce flim étant interdit de sortie bandothèque) J'etais en train de faire une recherche sur un programme dans leur base de données, et j'ai lancé une recherche sur "la classe americaine"...la bande
était bien là, et etonnement j'avais les droits d'accès !
j'ai fait une demande de sortie de bande, et 10 minutes apres je l'avais (en Digital Betacam s'il vous plait)... Avec en prime Derrick contre Superman !!!
Deux heures apres, j'avais fait la copie des deux sur DV et beta. La suite (Menu DVD, encodage, etc) c'est le pote qui s'en est charge, c'est son taff, donc s'etait pas trop un probleme. En ce qui concerne la mise en ligne, je ne sais pas qui l'a fait, mais je soupçonne
fortement des mecs chez Mediavision (ce sont les premiers a l'avoir eu en main"
Le samedi 11 avril 2009 a 20h a eu lieu une soiree historique au Centre Pompidou dans le cadre du festival "hors pistes".
En effet , pour la premiere fois La Classe Americaine a été projetée dans une salle de cinema pleine a craquer en presence de ses deux createurs.
La communion de toute une communauté avec Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette, qui ont repondu aux questions des fans sur scene avant la projection.
Merci a meriadeck, notre intrepide reporter, pour avoir immortaliser cette soiree en images.
(A la fin de la seance a été projeté un best of des detournements de mozinor (ndlr avec Hazanavicius assis dans la salle je peux mourir tranquille maintenant)
ce fut egalement l'occasion de rendre hommage au titanesque travail de restauration entrepris par Sam Hocevar a partir des blue-ray et dvd n'existant pas a l'epoque. (Sam Hocevar deja connu par la communauté internet pour avoir contribuer a la creation du populaire et gratuit lecteur video vlc ).
Projet d'identification des films du Grand Detournement qu'on avait deja entrepris en mai 2005 sur le topic : "Le Grand Détournement ce topic n'est pas un topic sur le cyclimse" du forum hardware.fr, mais vite abandonné du fait de la difficulté a identifier certaines scenes, notamment celle, devenu celebre dite "de l'horloge", sur laquelle Sam et la communauté ont buté durant des années.
elle provenait en fait d'un episode de... "Maigret"
( produit par robert nador? ) et non d'un flim de la Warner !
A l'heure actuelle (2012) la restauration de sam est terminée a 99%, seul le film "Drum Beat" avec charles bronson (on va manger des chips) n'a pas encore été reedité en dvd.
les puristes pourrons se procurer sur Ebay le bouquin d'exercices isometriques que lit Dave a 00:31:22
( a laisser trainer negligemment sur sa table de salon en attendant que qq s'en saisisse pour pouvoir sortir :
- " tu poses mon bouquin d'exercices isometriques tout de suite !"
Enfin si vous etes un puriste Taliban, Attention également a ne pas ceder a la tentation (sous pretexte d'afficher votre appartenance a une tribu ) d'acheter des t-shorts ou des casquettes sur ce site
(je ne leur ferai pas de pub en mettant ici un lien) qui se fait du fric sans aucune légitimité en récuperant les visuels et répliques cultes du Grand Détournement: sheraf, le orlando's, monde de merde, cyclimse, etc...
En plus quand on écrit Georges au lieu de George (se referer au génerique du flim) tout ce qu'on mérite c'est de chopper une mega-chiasse
(version avec au generique le logo rajouté de "Cycyr"
Triste sir qui s'etait mis en tete en 2004 de vendre par correspondance un dvd pourri 18ˆ
a ses petits camarades .>>source cf le 11 eme post " Moi je pense qu’il avait pas plus de classe que de beurre au cul.
La Dialectique peut elle casser des Briques , - René vienet 1973
René Vienet est expulsé de Chine en 1966 alors qu'il y est étudiant, pour avoir osé denoncer le totalitarisme
et la mystification de"la grande revolution prolétarienne". Il rejoint Paris et devient avec Guy Debord, un des maîtres à penser du journal de "l'Internationale Situationniste", qui, à la veille des évenements de 68 en est un des courants les plus virulents.
Sorte d'idéologie d'anarchistes intellectuels de St-Germain-des-prés, le situationnisme critique les dérives de notre societé de consommation
capitaliste et prône une révolution permanente de la vie quotidienne, en remettant en causechaque ambiance
et situation momentanée de la vie.
Le détournement cinématographique est notamment un moyen de l'exprimer. C'est pourquoi après avoir publié de nombreux ouvrages sur la Chine Populaire, René Vienet s'y essaiera avec ce détournement d'un film de kung fu de 1972
"La dialectique peut elle casser des briques?" en détourne les dialogues d'origine en faisant appel a de nouveaux doubleurs (contrairement aux films de Guy Debord qui detourne le sens des films en recitant un texte en voix off)
On peut dire que c'est le premier "grand détournement" du cinema français dans le sens ou on l'entend aujourd'hui
(Notons dans les doublages la présence de Patrick Dewaere et de Jacques Thebault (la voix de Robert Conrad ou encore Patrick McGoohan)
"Directed" by the French situationist Rene Vienet, this film is an exercise in intellectual absurdity. A Hong Kong martial arts movie overdubbed with French political diatribes and philosophies, designed to entertain and amuse, while proving a number of artistic and political points. The "story"details
the epic battle between the proletariats and the bureaucracy, with a martial arts school as the utopian commune.
Filled with amazingly absurd humor and political satire that will make you feel all intellectual inside, it’s an amazing combination of near slapstick comedy andGodardian experimentation.
In many ways it seems that Vienet was trying to make some very important statements, such as the way cinema feeds ideology and his intense anger over the sad failure of socialism.
It is also considered theonly remaining film vision of the situationist's technique, détournement - the diversion ofalready existing cultural elements to new subversive purposes. But overall, this comes off as a kind of Mystery Science Theatre for fans of Guy Debord and Wilhelm Reich. www.5minutestolive.com
j'aime bien mettre des textes en anglais , ça fait tout de suite plus serieux
"[...] Il va de soi que l'on peut non seulement corriger une oeuvre ou intégrer divers fragments d'oeuvres périmées dans une nouvelle, mais encore changer le sens de ces fragments et truquer de toutes les manières que l'on jugera bonnes ce que les imbéciles s'obstinent à
nommer des citations [...] "
( mode d'emploi du détournement - Guy Debord 1956 )
Reflexion visionnaire qui avait deja défini les bases du détournement il y a 50 ans
Guy Debord, sociologue theoricien revolutionnaire fondateur du courant situationiste est, entre autres, l’auteur de six films, réalisés
entre 1952 et 1978
films qui ont posés les premieres bases du detournement, a savoir se reapproprier une œuvre en donnant un autre sens a l'image
que celui voulu par l'auteur a l'origine.
Techniquement, il n'employe pas la méthode du doublage mais de la voix off sur des films publicitaire insipide ou film hollywoodien des années 40 - 50
La théorie de Debord est que, après l'échec de toutes
les révolutions prolétariennes et la tendance du
capitalisme moderne à devenir avant tout une industrie
du spectacle, seul le détournement du spectacle peut
vaincre le capitalisme.
Il n'avait pas prévu que l'industrie du spectacle intégrerait dans le spectacle lui-même son propre détournement .
Fidele a ses convictions, Debord s'interdira lui meme a la projection en salle en 1984.
Au debut de son dernier film " in girum..." il commence par
destabliliser le spectateur en lui renvoyant a l'ecran son propre
reflet et en l'avertissant qu'il ne trouvera au cinema qu'un
mensonge et non cette evasion qu'il etait venu chercher:
"Je ne ferai, dans ce film, aucune concession au public "
« Ainsi donc, au lieu d'ajouter un film à des milliers de films
quelconques, je préfère exposer ici pourquoi je ne ferai rien de tel. Ceci revient
à remplacer les aventures futiles que conte le cinéma par un sujet important : moi-même. »
"Oui, je me flatte de faire un film avec n’importe quoi, et je trouve plaisant que s’en plaignent
ceux qui ont laissé faire de toute leur vie n’importe quoi. "
Puis la camera s'attarde longuement sur des images publicitaires censées representer le bonheur par la consommation et la possession de biens materiels,
mais les commentaires en voix of de Guy debord les détourne de leur sens originel:
"Ce sont des salariés pauvres qui se croient des propriétaires, des ignorants mystifiés qui se croient instruits, et des morts qui croient voter"
"ils ressemblent beaucoup aux esclaves, parce qu'ils sont parqués en masse et a l'étroit, dans de mauvaises bâtisses malsaines et lugubres, mal nourris d'une alimentation polluée et sans goût..."
"Leur statut peut être plutôt comparé au servage, parce qu'ils sont exclusivement
attachés à une entreprise et à sa bonne marche, quoique sans réciprocité en leur
faveur, et surtout parce qu'ils sont étroitement astreints à résider
dans un espace unique:
le même circuit des domiciles, bureaux, autoroutes, vacances et aéroports toujours
identiques "
témoignage de Stéphanie Granel
Monteuse du film "In girum imus nocte et consumimur igni"
(Guy Debord,1978),à l’occasion de la sortie de l’intégrale « Guy Debord cinéaste »
"(...) nous partions en projection: Guy Debord avait demandé des copies de certains films à son ami et producteur, Gérard Lebovici, qui possédait une salle à Paris. Ensemble, nous regardions Les Enfants du Paradis (Carné), La Charge de la Brigade légère (Michael Curtiz), etc.
Debord signalait les passages qu’il voulait utiliser, et Alice les notait. Ensuite, nous foncions en salle de montage, dans les labos GTC à Joinville-le-Pont et nous convertissions tout en 35 mm, format 1.33 - format des premiers écrans de télévision, assez carré.
Le temps de faire une copie, bien sûr, un ou deux jours s’écoulaient. Les films étaient donc « empruntés à long terme » aux distributeurs ou aux ayants-droits, sans leur accord et sans qu’ils sachent que nous en utilisions des extraits. Puis les films leur étaient rendus. Debord procédait à ce vol de façon manifeste
et volontaire, sans doute car il estimait que personne n’avait à revendiquer la propriété d’une image. Et Lebovici était complice, il savait qu’il prenait un risque...(..) "
propos receuillis par Benjamin Bibas pour fluctuat.net
ndlr en trompant la Warner quand a l'intention veritable de leur projet, hazanavicius et Mezerette ont perpetuer l'acte de Debord des decennies plus tard. ils lui rendent d'ailleurs un hommage en l'associant au generique et un, plus discret dans "Derrick contre Superman "avec cette devinette assez capillotracté:
"Est ce vous connaissez le vrai prenom de Matt Houston ? ...
parce que Matt c'est bidon, son vrai prenom c'est Gédebord Houston parce que j'ai des beaux roustons."
in girum imus nocte et consumimur igni
extraits - 9 minutes 16
What's up Tiger Lilly
( Lilly la tigresse ) Woody Allen 1966
Le véritable ancêtre de la classe
americaine. Premier film de Woody
Allen (en tant qu'auteur), et sorti
récemment en DVD.
Pas un chef d'oeuvre de finesse
auquel l'auteur nous a depuis habitué
Le fait de suivre strictement le cours
du flim original a peut etre été un
carcan, empechant ainsi une plus
grande creativité .
Phil Moskowitz se lance à la recherche
d'une recette de salade d'oeufs durs dont
dépend le sort du monde. il aura fort à
faire face à une bande de Yakusas
déchaînés.
Ce projet lui a été proposé par le
producteur Ben Shapiro qui détenait les
droits du long métrage.
Woody Allen a racheté un film
d'espionnage japonais:
"Kokusai Himitsu Keisatsu: Kagi No Kagi"
(1965) Directed by Senkichi Taniguchi;
et a remplacé les voix par la sienne et
celles de ses amis sans trop se soucier
de l'histoire originale (la recherche d'une
machine cryptographique), offrant une
parodie délirante du film de gangsters.
A voir en VOST, l'humour de Woody
Allen et ses references supportant mal la
traduction française, surtout s'agissant
d'un film de délire total.
Livrés à eux-memes, les doubleurs
incontournables de l'époque, trop
académiques et trop traditionnels,
(Francis Lax, Jacques Thebault, Raymond
Loyer) ont eu du mal à s'adapter à cet
exercice délirant
Lily La Tigresse" a été désavoué par
Woody Allen à sa sortie. Le futur cinéaste
a attaqué en justice son producteur pour
qu'il ne sorte pas le film en salle.
Celui-ci avait fait des modifications qui
paraissaient déplacées au dialoguiste.
Plusieurs lignes de dialogue, jugées
sans doute déplacées, ont été
modifiées lors de la sortie vidéo
américaine du film
Woody Allen retira sa plainte devant le
succès critique du film.
A noter: Allen en profite pour integrer
des intermedes musicaux de ses
potes, l'orchestre les "Lovin Spoonful".
Le générique de fin mérite d'être souligné: Affalé sur un divan, Woody Allen croque
une pomme au coté d'une strip-teaseuse à la poitrine avantageuse
Un texte défile et annonce très classiquement que: "toute ressemblance avec des
personnages existants ou ayant... etc, puis ce même texte fait remarquer que si vous
l'avez lu au lieu de regarder la strip-teaseuse, vous devriez
aller consulter un psychanaliste... ou bien alors votre opticien...
et le texte de proposer un petit test de vue improvisé.
Petite precision sur le principe du detournement
Le générique de fin mérite
d'être souligné:
Affalé sur un divan, Woody
Allen croque une pomme au coté d'une
strip-teaseuse à la
poitrine avantageuse
.
Un texte défile et annonce
très classiquement que
toute ressemblance avec
des personnages existants
ou ayant... etc,
puis ce même texte
fait remarquer
que si vous l'avez lu au
lieu de regarder la
strip-teaseuse, vous
devriez aller consulter
un psychanaliste... ou bien
alors votre opticien...
et le texte de proposer un
petit test de vue
improvisé.
Derrick contre Superman
michel Hazanavicius - Dominique Mezerette 1992
Conçu et réalisé par Michel Hazanavicius
et Dominique Mézerette un an avant
le grand détournement.
Produit par Eve Vercel et Robert Nador
couleur, DUNE/Canal+, durée: 16'00.
Avec les voix de Evelyne Grandjean,
Patrick Burgel.
Monté à partir d'extraits de: Derrick,
Les Aventures De Superman,
Dynastie, Starsky Et Hutch, Matt Huston,
Le Petit Train De La Mémoire,
Le Prisonnier, Droles De Dames,
Kung-Fu, Les Chevaliers Du Ciel,
Cote Ouest, Amicalement Votre, Le
Saint, Maigret, Belle Et Sébastien.
Le pitch: Derrick veut recréer une
nouvelle nouvelle chaîne "La 5" (la
précédente de Berlusconni ayant
connu la fin qu'on connait), il va
faire appel à différentes
personnalités, mais les héros de
M6 ( Superman, Roger
Moore et Patrick McGoohan vont
tenter de contrecarrer ses plans.
Le Triomphe de Bali Balo
michel Hazanavicius - Dominique Mezerette 1993
ou "L'Invasion des Pervers Polymorphes"ou "la Splendeur De La Honte".
Diffusée sur Canal + pour un spécial "Ca Cartoon", rebaptisé pour l'occasion: "ça détourne",
l'émission est destinée aux enfants, ce qui explique le ton assez pueril de Philippe Dana et Valerie Payet)
Ces derniers sont chargés par Bugs Bunny (doublé par guy pierrot le doubleur historique français)
de trouver des idées d'emission pour les jeunes.
Certaines repliques et personnages resteront a la posterité sur les forums internet comme par exemple
celle du capitaine flirt "salut les ptits pédés !"
Une
entrevue avec les deux créateurs de la Cogip-participations, ça ne
s’improvise pas. Il faut âprement négocier un rendez-vous au milieu
d’un planning surchargé de réunions « Avenir et bordereau » et
« Progiciel et convivialité », se mettre au jour de la récente fusion
avec les Hollandais et ne pas oublier d’imprimer son badge visiteur à
présenter à l’entrée. Sauf que la Cogip, en vrai, n’existe pas. Cette
entreprise fictive possède bien son site web, a inspiré des heures de
programmes de télévision et plusieurs DVD, mais elle n’est que le
produit de l’imagination délirante de deux doux dingues qui ont fait de
la subversion de la culture d’entreprise par le rire une inépuisable
source d’inspiration.
Loin de la Défense, la multinationale pour de rire de
Nicolas & Bruno a établi son siège social dans une chambre de bonne
au sixième étage sans ascenseur d’un immeuble du IXe arrondissement
parisien. C’est là que ces deux grands malades du management par
l’absurde créent de toutes pièces un univers professionnel plus vrai
que nature, devenu le cadre de la Personne aux deux personnes, leur premier long métrage. Une « comédie du réel » dans laquelle les « garçons »,
comme les appelle leur producteur et mentor Alain Chabat, retracent la
misérable destinée du comptable Jean-Christian Ranu (Daniel Auteuil),
revigoré par l’irruption dans sa vie de Gilles Gabriel (Chabat), gloire
déchue de la variété années 80. Herbert Léonard au service du « fonds de roulement transactionnel », il fallait y penser…
L’un est totalement chauve et dégage une décontraction
nonchalante. L’autre a des cheveux et plus de réserve apparente. Les
différences s’arrêtent là. Ces deux énormes bosseurs sont adeptes de la
même neutralité vestimentaire et aussi inséparablezs
qu’interchangeables dans le travail. Au téléphone, ils répondent
toujours à deux, d’un hilarant et faussement naturel « salut, c’est Nicolas & Bruno dans l’appareil »,
grâce à une oreillette stéréo. Leur ordinateur est doté de deux souris.
Mais pour le reste, c’est-à-dire la nuit et les week-ends, chacun a son
scooter et sa vie de famille bien à lui. Trois enfants et un pavillon
aux Lilas pour l’un, un enfant et un petit loft dans le XXe pour
l’autre. « On est un kolkhoze dans lequel tout est en commun, y compris l’ego »,
dit Nicolas & Bruno. Toute distinction du binôme serait
artificielle, la paire est tellement réglée qu’elle ne se coupe jamais
la parole.
Leur apport très personnel à la culture d’entreprise,
c’est le décalage permanent, la démonstration poussée jusqu’au énième
degré des névroses du monde du travail. « On part toujours de la
comédie, mais sur le fil, entre rire et dépression, tendresse et
détresse, commente Nicolas & Bruno. Lors de nos premiers stages, on
a été marqués par ces scènes où l’on voit des gens fondre en larmes
puis partir juste après dans un fou rire. Les gens ne laissent pas
leurs problèmes à la porte de la boîte, et ce qui nous intéresse, c’est
de capter ce moment où tout dérape, où les masques tombent. » Signe de
l’époque, ces gentils dynamiteurs qui votent à gauche ont opté pour la
poilade plutôt que la critique sociale pour faire la peau aux discours
sur l’entreprise cool, citoyenne et durable. « Le côté chansonnier franc-tireur, ce n’est pas notre truc. » Une seule fois, il y a dix ans, ils se sont engagés « frontalement »
en faisant dire à Adriano, leur doublure ridicule de boys-band sur une
telenovela vénézuélienne, que les électeurs du Front national, à la
différence de lui, « ne feront pas la grasse matinée toute la journée ».
C’était jour de législative à Toulon et à cause d’Adriano, le Conseil
constitutionnel a annulé l’élection. Vaccinés, les garçons.
Ils sont nés à Versailles de pères banquier et
magistrat et se sont rencontrés à Notre-Dame-des-Grands-Champs à l’âge
où l’on rêve de belles choses. « Dans la vie, en
général, les gens veulent s’en sortir. A Versailles, c’est différent ;
il faut en sortir, échapper par tous les moyens au scoutisme, au
catéchisme. » Leurs premiers boulots d’été en supermarché ou à
l’accueil d’agences bancaires fournissent la matrice de leurs
déconnades. Accros à la vidéo, ils louent leurs premières caméras,
s’initient à l’art du détournement : faux clips, doublages et autres
caméras planquées. En terminale, ils essaient de financer leur premier
film en montant un Feydeau avec le prof de philo. Raté, le prof part
avec la caisse. Fans d’Objectif Nul, des
comédies-tranche de vie des années 70 et 80 (les films d’Yves Robert,
Clara et les chics types, Pour cent briques, t’as plus rien, etc.), ils
étudient, l’un le cinéma et l’autre à Sciences-po, sans jamais cesser
d’expérimenter, d’espionner des séminaires Herbalife et des salons
d’entrepreneurs. Jusqu’au jour où un de leurs copains chez Virgin leur
signale que leurs « conneries pourraient être rémunérées ».
Ils y réalisent des petits films en interne et se retrouvent à faire
rire les commerciaux sur des doublages de films porno dans le cadre
d’improbables séminaires « force de vente ». Ils
tâtent de la pub chez Young & Rubicam où ils rencontrent Frédéric
Beigbeder, qui leur confie quelques potacheries publicitaires et dont
ils écriront le scénario adapté de 99 francs. Un
parcours qui ne pouvait finir que chez Canal +, où Alain de Greef ira
jusqu’à mettre une équipe de quinze documentalistes à leur disposition
pour écumer les fonds de tiroir des films institutionnels d’entreprise
du monde entier. Ils en tireront plus de 300 doublages pour des Messages à caractère informatif réalisés, par exemple, à partir d’un film de formation pour ambulanciers en RDA.
Longtemps anonymes, ces « Daft Punk du rire »,
comme l’avait titré un jour un hebdo culturel en raison de leur refus
obstiné de montrer leur tête à la télé, sont en réalité des employés
modèles à leur propre compte. Ils travaillent à heures fixes, de 9
heures à 19 heures, sont toujours intermittents du spectacle, n’ont pas
créé de boîte de prod, ne savent « vraiment pas, sincèrement »
combien ils gagnent. Ces entomologistes de la cravate-moustache font
tout de même partie de cette nouvelle génération qui se sert de la
Toile pour faire vivre et prolonger ses créations. Outre le site de la
Cogip, traduit en vrai néerlandais, leurs personnages ont leurs pages
Myspace et Facebook .
En dehors de l’entreprise où ils n’ont jamais
réellement travaillé, les garçons avouent un faible pour la photo, avec
une prédilection pour l’hyperréalisme d’un Martin Parr ou du Suédois
Lars Tunbjörk, qui a passé trois ans de sa vie à immortaliser… des
bureaux. Ils raffolent des mélodies d’ascenseur et du easy listening le
plus bizarroïde. Ils citent un livre, Gros-Câlin de Romain Gary (tous leurs mails se concluent par « gros poutous »),
un pays, l’Inde, et un autre objet de fascination que l’entreprise
ripolinée minitel : Bollywood, thème de leur prochain film. Nostalgie
permanente et kitsch ? « Pas du tout, on n’est pas fans
de Casimir. Ce qui nous obsède, c’est l’esthétique du réel, l’image
plus vraie qu’en vrai. Notre plus grand bonheur, ce serait qu’en
croisant Auteuil dans la rue, les gens lui demandent comment va son
boulot à la Cogip. »